Risque infectieux associé aux rassemblements de masse en période hivernale en Afrique : enjeux pour la coupe d’Afrique des nations 2025

Risque infectieux associé aux rassemblements de masse en période hivernale en Afrique -- enjeux pour la coupe d’Afrique des nations 2025

Le Royaume du Maroc organisera, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, pour la deuxième fois après l’édition de 1988, la 35ᵉ Coupe d’Afrique des Nations de football, sous l’égide de la Confédération africaine de football (CAF), en collaboration avec la Fédération Royale Marocaine de Football et le Comité Local d’Organisation de la Coupe d’Afrique des Nations TotalEnergies Maroc 2025. Six villes (Rabat, Casablanca, Agadir, Marrakech, Fès et Tanger) et neuf stades, d’une capacité comprise entre 18 000 et 75 600 places, ont été sélectionnés pour accueillir le plus grand tournoi de football africain.

Rassemblements de masse : définitions et enjeux sanitaires

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un rassemblement de masse correspond à « un événement organisé ou spontané dans lequel le grand nombre de participants est suffisant pour exercer une pression sur les ressources de planification et de réponse de la communauté, de l’État ou de la nation qui accueille l’événement ». De manière similaire, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) définissent un rassemblement de masse comme« un grand nombre de personnes (> 1 000) rassemblées en un lieu spécifique pour un but précis ». De façon générale, un événement entre dans cette catégorie dès lors que la densité humaine excède les capacités locales de gestion.

Bien qu’ils répondent à d’importants besoins socioculturels et économiques, les rassemblements de masse représentent un risque majeur pour la santé publique. Ils sont fréquemment associés à des épidémies de maladies infectieuses ainsi qu’à divers problèmes de santé, liés notamment à la densité de population, aux limitations des ressources et aux contraintes organisationnelles.

Éléments historiques et données régionales

La littérature scientifique associe régulièrement les rassemblements de masse à une recrudescence d’infections respiratoires, de maladies d’origine alimentaire, de pathologies liées à la chaleur ou encore de traumatismes. L’impact épidémiologique est majeur, comme l’illustrent les données américaines recensant de nombreuses épidémies de grippe lors de foires agricoles ou de camps d’été, ainsi que l’exemple plus récent de l’Euro 2020 et du rassemblement motocycliste de Sturgis, qui ont engendré des centaines de milliers de cas de COVID-19. D’autres exemples historiques, tels que l’épidémie de rougeole liée à un rassemblement à Taizé en 2010 ou les cas de légionellose survenus à Paris en 1998, confirment le risque de propagation à longue distance et la gravité potentielle de ces foyers infectieux.

Au niveau régional, les données concernant l’Afrique et la zone MENA corroborent ces constats. Une grande majorité des problèmes de santé observés lors de ces événements sont de nature infectieuse, les symptômes respiratoires étant souvent acquis sur place. Le Maroc ne fait pas exception à cette dynamique : bien que la documentation soit limitée, les observations menées lors de grands événements tels que le Moussem de Moulay Abdellah Amghar ou les festivals de Mawazine et de Gnaoua rapportent une augmentation notable, allant de 20 à 40 %, des consultations pour infections respiratoires et gastro-intestinales. Durant la pandémie de COVID-19, des clusters ont également été identifiés lors d’événements sportifs, et les modélisations nationales suggèrent qu’un événement de l’ampleur d’une Coupe du Monde pourrait accélérer significativement la transmission virale.

Risque infectieux et potentiel épidémique

a promiscuité, la densité des foules et le partage d’infrastructures favorisent grandement la transmission infectieuse lors des événements de masse. De plus, les flux de voyageurs, tant au niveau national qu’international, facilitent la dissémination rapide des agents infectieux.

L’organisation de la CAN 2025 au Maroc en plein mois de janvier constitue un tournant important en matière de gestion du risque sanitaire, dans la mesure où la concentration hivernale d’agents infectieux crée un contexte épidémiologique particulièrement sensible. L’afflux massif de supporters, la densité humaine et les mobilités internationales peuvent ainsi amplifier rapidement la transmission et favoriser l’émergence de foyers épidémiques.

Le continent africain constitue, à cet égard, un environnement particulièrement propice à la propagation d’agents infectieux susceptibles de représenter un risque tangible lors de rassemblements de masse organisés en période hivernale, tels que la Coupe d’Afrique des Nations. Cette vulnérabilité s’explique par la forte densité humaine, l’intensité des mobilités internationales et régionales, ainsi que la circulation concomitante de pathogènes à transmission interhumaine. Dans ce contexte, les virus respiratoires représentent le principal risque épidémiologique, avec une circulation soutenue de l’influenza, du virus respiratoire syncytial (RSV), des rhinovirus et entérovirus, des adénovirus et du métapneumovirus humain, tous responsables de syndromes respiratoires aigus facilement transmissibles par gouttelettes et contacts rapprochés. La pandémie de SARS-CoV-2 a, par ailleurs, illustré la capacité de ce type d’événement à amplifier rapidement la diffusion virale, soulignant la persistance d’un risque résiduel lié aux coronavirus respiratoires.

Les infections entériques à transmission féco-orale constituent un second axe majeur de vigilance. Le norovirus, principal agent de gastro-entérite aiguë explosive en milieu communautaire et lors de grands rassemblements, ainsi que l’hépatite A, encore endémique dans plusieurs pays africains et favorisée par des conditions d’hygiène variables et la restauration collective, y occupent une place centrale. Sur le plan bactérien, Neisseria meningitidis représente un agent critique en raison de sa transmission respiratoire étroite et de la possibilité de flambées rapides, notamment chez les jeunes adultes, tandis que les infections diarrhéiques bactériennes, telles que la shigellose, peuvent également survenir dans des conditions de promiscuité et d’hygiène insuffisante. Les parasitoses jouent en revanche un rôle marginal dans le risque immédiat lié aux rassemblements de masse, à l’exception limitée des protozoaires entériques transmis par l’eau contaminée, susceptibles de contribuer à des épisodes de diarrhée collective.

Dans l’ensemble, le risque infectieux lors de la CAN organisée en janvier en Afrique repose principalement sur les agents respiratoires et entériques à transmission directe ou indirecte rapide, justifiant la mise en œuvre de mesures renforcées de surveillance, de prévention et de préparation sanitaire adaptées aux rassemblements de grande ampleur.

Conclusion

Face à ces risques, aggravés par la présence de populations provenant de pays endémique de certains agents pathogènes et des défis logistiques, la mise en œuvre de contre-mesures adaptées est impérative, bien que leur efficacité puisse varier. Si des interventions telles que l’hygiène des mains, l’assainissement et la vaccination ciblée ont démontré leur efficacité, d’autres mesures nécessitent une application rigoureuse pour être pleinement opérantes. À titre d’exemple, une étude menée lors du pèlerinage à La Mecque a mis en évidence les limites du port du masque comme mesure isolée de contrôle des infections respiratoires en l’absence d’une stratégie globale. Ainsi, pour garantir la sécurité sanitaire lors d’échéances majeures telles que la CAN 2025, il apparaît essentiel de déployer une approche intégrée combinant surveillance épidémiologique, renforcement des infrastructures, communication sanitaire et coordination interinstitutionnelle.

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